Rivalités, confusion et dérapage (1978-1989)
Les rivalités entre le NSC et le département d’État prennent une tournure démesurée dans la dernière partie de la présidence Carter[réf. nécessaire]. Les dissensions achoppent sur l’invasion de l’URSS en Afghanistan (1979) et sur l’affaire des otages de l’ambassade d’Iran. Carter échoue à redonner de la cohésion et du leadership au processus de décision. Il en résulte une politique étrangère américaine confuse, peu lisible et parfois contradictoire. C’est ainsi que lors de la crise des otages de l’ambassade d’Iran, Carter entame un dialogue avec le régime de l’ayatollah Rouhollah Khomeini comme le souhaite Vance, mais fini par accepter à la surprise générale l’intervention préconisée par Brzezinski, alors même que ce dialogue n’est pas rompu.
Ces luttes d’influences se poursuivent sous la présidence de Ronald Reagan (1980-1988). Le style du président est très désengagé, laissant une marge de manœuvre importante au processus décisionnel. Contrairement à ce qui s’est passé sous la présidence précédente, ces conflits n’empêchent pas la politique étrangère de rester cohérente, et de mettre en œuvres certaines décisions majeures[49].
Il en résulte d’importantes confrontations entre les départements d’État, de la Défense et le NSC. Le poste de conseiller à la sécurité nationale devient instable : 6 conseillers se succèdent au cours des 8 ans que durent les deux mandats de la présidence Reagan.
Dans le même temps, l’administration du NSC n’a jamais été si pléthorique : elle compte 70 hauts fonctionnaires officiels et permanents. Ce véritable État dans l’État, peu contrôlé, s’implique directement et de façon anarchique dans certaines politiques.
C’est dans ce contexte qu’est imaginée et surtout gérée directement à partir du NSC une opération clandestine totalement illégale. Il s’agit de l’Affaire Iran-Contra[50]. L’affaire se transforme en scandale lorsqu’elle est découverte le 25 novembre 1986. L’implication directe de deux conseillers pour la sécurité nationale (Robert McFarlane et John Pointdexer) et d’un membre du NSC, le lieutenant-colonel Oliver North est mise en lumière par les enquêtes d’une commission permanente du Congrès, la Commission Tower. Ses conclusions[51] confirmée par les documents de sécurité nationale déclassifiés depuis[52]de la Commission sont accablantes pour le NSC : il a gravement outrepassé son rôle. John Poindexter démissionne en décembre 1986.
Ce scandale n’est que l’aboutissement d’une tendance affirmée dès la présidence Kennedy : utiliser le NSC pour contourner le poids de la bureaucratie, puis le fonctionnement normal des départements, enfin le contrôle du Congrès sur les décisions de politique étrangères. Le NSC a besoin d’un sérieux repositionnement.
Le NSC repositionné (1989-2000)
Ce n’est qu’avec la nomination comme conseiller à la sécurité nationale de Franck Carluci (novembre 1987), puis de Colin Powell (automne 1988) en toute fin de mandat que le fonctionnement de la politique étrangère américaine redevient mesuré[réf. nécessaire]. Suivant les recommandations du rapport Tower, le NSC est réformé en profondeur[53] : la moitié de son personnel est renouvelé, il n’a plus de rôle opérationnel et les conseillers travaillant en free-lance sont interdits.
Après ces scandales, le président George H. Bush (élu en novembre 1989) redonne au NSC un rôle de simple coordinateur. Il l’exerce avec succès, en bonne intelligence avec les départements et les agences de renseignement, y compris au cours des crises (telles que l’opération Just Cause à Panama en décembre 1989 ou la première guerre du Golfe).
Le président lui-même est bon connaisseur de la politique étrangère. Il choisit une équipe de conseillers relativement homogène, permettant de mener une politique déterminée mais prudente.
Le conseiller pour la sécurité nationale, Brent Scowcroft, reste influent mais redevient un acteur neutre. Il agit en complémentarité avec le secrétaire d’État James Baker. La prise de décision reste informelle et en dehors du cadre officiel des réunions du NSC. Le comité informel est appelé comité des directeurs (Principals Committee). Il travaille sur la base des rapports fournis par le comité des adjoints (Deputies Committee). Le fonctionnement du NSC se rapproche ainsi de celui prévu à l’origine.
Cette architecture est globalement conservée sous la présidence de Bill Clinton (élu en 1992). Les difficultés rencontrées pendant les premières années sont la conséquence du style désengagé du président et de l’absence de leadership fort au sein des départements d’État et de la Défense. Le NSC a globalement fonctionné de manière similaire à la présidence précédente. Les comités principaux sont maintenus.
Cependant, au cours du deuxième mandat de Clinton (1996-2000), le NSC redevient plus influent, en même temps que le président s’implique personnellement dans la conduite de la politique étrangère. Il retrouve en partie son rôle de cabinet du président pour les affaires étrangères et de sécurité. À sa tête, Anthony Lake travaille cependant en bonne intelligence avec la secrétaire d’État Madeleine Albright.
Un retour aux origines ? (depuis 2001)
L’arrivée de George Walker Bush le 20 janvier 2001 à la Maison Blanche est l’occasion d’une organisation nouvelle du NSC. Pour la première fois de son histoire, il est réellement utilisé comme un forum décisionnel. Les réunions de Donald Rumsfeld (secrétaire à la Défense), Colin Powell (secrétaire d’État), Dick Cheney (vice-président), Condoleezza Rice (conseillère pour la sécurité nationale) et George W. Bush[54] sont le lieu d’une prise de décision collégiale. Les rivalités entre les départements sont faibles du fait de l’arrivée massive aux postes-clé de personnalités issues des milieux néo-conservateurs. Elles s’estompent après les attentats du 11 septembre 2001.
Les effectifs de l’administration du NSC sont réduits de 30 %[55], et en partie renouvelés pour des raisons idéologiques[56]. Son organisation est simplifiée[57]. D’autre part, les réunions interdépartementales sont peu nombreuses et marginales. Les réunions du NSC en tant que forum décisionnel sont donc réelles, mais n’impliquent que les chefs des différents départements, nommés par Bush.
La conseillère et son administration jouent un rôle réduit dans l’élaboration de la politique étrangère. Le système est dominé par les départements et surtout le vice-président, sans qu’ils soient confrontés à une réelle contradiction. Cela est d’autant plus paradoxal que Rice a un rôle d’éminence grise auprès de Bush, et entretient avec lui une relation personnelle plus qu’aucun conseiller à la sécurité nationale avant elle[58]. Bien qu’elle ne soit pas une néo-conservatrice historique, elle garde une stature neutre, confortant le président dans ses choix. « Le mandat de Rice est de ne pas dominer le processus de prise de décision, uniquement le coordonner avec l’aide de ses assistants »[59] De ce fait, le NSC n’a pas joué son rôle de garant d’une information complète et fiable au président, ni de reflet de l’ensemble des options envisageables.
En revanche, Rice joue un rôle d’avocate de la politique étrangère américaine et de représentante personnelle du président à l’étranger. Elle multiplie les voyages comme les interventions dans les médias américains, ce qui est nouveau pour un conseiller à la sécurié nationale[60]. D’après Ivo H. Daalder[61], ce simple rôle de porte-parole s’est fait au détriment d’une analyse coût-avantage équilibrée et appuyée sur des sources diversifiées de l’opportunité d’une intervention en Irak. Il note également que la gestion de l’après-conflit a été confiée à un groupe d’idéologues du département de la Défense, et a échappé au contrôle du NSC.
Un acteur majeur tente sans succès de prendre le contrôle du NSC. Il s’agit de Dick Cheney, le vice-président. Ayant échoué à avoir Rice sous son autorité directe, il parvient tout de même à participer aux Principals Committees. Surtout, il crée au sein de son propre cabinet un pôle de conseillers personnels influents sous la houlette de Lewis Libby. C’est ainsi que Cheney « crée son propre NSC »[62] Cet organe non officiel exerce une influence déterminante sur la politique étrangère américaine, notamment la décision de l’invasion de l’Irak de mars 2003. Lorsque Rice est nommée secrétaire d’État, Cheney réussit à placer comme conseiller à la sécurité nationale un homme à lui[63], converti aux thèses néo-conservatrices : Stephen Hadley.
L’homogénéité, la cohérence et la lisibilité de la politique étrangère américaine dépendent donc largement du bon fonctionnement du NSC et de ses relations harmonieuses avec les autres acteurs bureaucratiques. Indéniablement, l’émergence et le rôle majeur de cette structure centrale est le marqueur d’une politique étrangère largement conduite par le pouvoir exécutif.





































































